critiquerestpascritiquer

Critiquer n'est pas critiquer

Mardi 23 novembre 2010 à 23:07

Après quelques mois d'absence dont je m'excuse, voici revenir les critiques que je souhaite régulières même si l'actualité cinématographique ne me semble pas très prolifique en ce moment...

Nostalgie de la Lumière ****
(Nostalgia de la Luz)


Réalisateur: Patricio Guzman
Genre: Documentaire, Film poétique

Nostalgie de la Lumière commence par une suite de gros plans sur les rouages d'un ancien téléscope chilien. A travers ces quelques plans, le film est déjà tracé: on se trouve face à une oeuvre d'un amoureux de l'astronomie. De nombreux plans et clichés de la Lune, de constellations et autres nébuleuses parsèment le film, comme un leitmotiv poétique. Mais très vite, on se rend compte que malgré cette passion pour l'étude du ciel, le sujet du film est tout autre.

Patricio Guzman s'intéresse en effet dans son film, aux atrocités commises au Chili durant le XXème siècle. Car si les astronomes étudient et cherchent le passé à travers l'espace, les chiliens eux le cherchent dans le désert d'Atacama. Le lien poétique avec l'Histoire et le passé est ici très fort, et je l'ai trouvé très proche d'un Chris Marker. Je n'ai donc pas été surpris quand j'ai appris que celui-ci a collaboré avec Guzman sur un de ses premiers films. L'enquête est donc faite, et l'on suit les interviews de différentes personnes ayant eu rapport à ces événements, du rescapé d'un camp de concentration qui participait à un groupe d'astronomie pour "s'évader" métaphoriquement du lieu de détention à la veuve qui ne cesse de chercher les restes de son mari à travers le désert.

On ressort donc bousculé de cette scéance, à la fois bercé par la beauté visuelle et par la poésie qui se dégage de Nostalgie de la Lumière, mais en même temps attristé par les horreurs décrites et montrées. Je ne peut qu'admirer le travail accompli par Patricio Guzman, réussissant à combiner dans son film le fond et la forme d'une façon remarquable, dans un film qui j'espère sera suivi par le public et marquera l'histoire du cinéma documentaire.

http://critiquerestpascritiquer.cowblog.fr/images/nostalgiedelalumiereaffiche.jpg

Mardi 9 mars 2010 à 10:06

 

Océans ****



Réalisateurs: Jacques Perrin / Jacques Cluzaud

Acteurs: Mis à part Jacques Perrin lui même, les animaux marins, bien meilleurs acteurs que pas mal de monde à mon avis...

Genre: Documentaire / Opéra marin


Je me souviendrais longtemps de la projection d'Océans. Après une nuit quasi blanche, je vais à la séance du matin au Star St-Exupéry, avec la réelle envie de me détendre suite à une nuit passée à attendre un sommeil inaccessible. Je m'attendais à un documentaire Arte d'une heure quarante (ce n'est pas une critique, j'adore ces documentaires animaliers), et je découvre quelque chose qui s'apparente plus à un gigantesque opéra marin. Défilent à nos yeux dauphins, tortues, requins et crustacés dansant littéralement sur cette gigantesque piste qu'est l'océan.


Le premier point notable est la sonorisation du film. En effet, le son a ici une importance considérable, on entend le « chant » des baleines, tout comme un crustacé entrain d'être dévoré. Cela confère au film une atmosphère beaucoup plus réaliste que s'il n'était pourvu que d'une musique. Musique qui n'en demeure pas moins présente, bien qu'un peu grandiloquente (même si ce n'est pas un point réellement négatif).

Cette idée d'atmosphère réaliste m'amène au second point marquant: la caméra elle même. Une seule question se pose tout du long du film: comment les caméramans ont-ils pu filmer ces animaux d'aussi prêt, ou au moins aussi précisément sans qu'ils ne semblent le moins perturbés ? On a ainsi l'impression de nager à leurs côtés, impression renforcée par l'incroyable mobilité de la caméra, qui suit les poissons, traverse des bancs de méduses et longe les coraux de façon très fluide.

Mais tout n'est-il que beauté et volupté? Non, comme vient le prouver une scène aux ¾ du film. Pollution, filets de pêches meurtriers, requin mutilé et balancé vivant dans l'eau une fois démembré, cet aspect de l'océan n'est pas oublié. Particulièrement choqué par ce passage (âme sensible dès qu'il s'agit de bien-être animal), je soupirais de soulagement quand j'appris à la fin du film qu'aucun animal ne fût maltraité, des animatroniques étant utilisés à leur place. Le problème de la question écologique est bien évidemment posé, question à la mode actuellement. Ma question est la suivante : est-ce bien nécessaire de dédier un quart d'heure de barbarie, au beau milieu d'un film contemplatif, alors que la quasi totalité des médias nous rebattent les oreilles d'écologie à longueur de temps ? Le spectateur ne peut-il donc pas, à la simple vue de ces magnifiques créatures, se dire qu'il faut agir ? Étant un fervent défenseur de la maïeutique (et de la fin ouverte ce qui va dans ce sens en quelque sorte), je considère que montrer du doigt, quasiment rendre responsable le spectateur de par son inaction est un peu extrême.

Ce film est donc magnifique et spectaculaire (dans le sens naturel du terme, ne vous attendez pas à du Transformers), et je ne saurais que m'opposer à la critique sur Evene, pour qui le terme d'opéra sauvage est quasiment péjoratif. Mis à part la question de la fameuse scène pro écologique agressive sponsorisée par EDF et Total, je ne trouve rien à reprocher à ce film, qui est par la même occasion un coup de force technique. Les gens le trouvent lent ? Honnêtement on sait à quoi s'attendre avant d'entrer dans la salle, ne le critiquons pas pour ça !

http://critiquerestpascritiquer.cowblog.fr/images/oceans.jpg

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